Œil de DOM
Se coucher tard nuit. Me lever matin m’atteint.

Accueil > Diaporamas > Théâtre > Une commune, texte de Guillaume Cayet

Une commune, texte de Guillaume Cayet 

lundi 24 mars 2025, par Dominique Villy

Une commune, texte de Guillaume Cayet (2016)

La pièce Une commune de Guillaume Cayet propose la possibilité d’un rapport nouveau à la terre, à la politique, au langage et à l’amour.
La ruralité concerne la vie dans les campagnes, celle des ruraux, paysans ou ouvriers, qui habitent et travaillent dans une communauté rurale ou agricole.

Loin de la ville, le monde rural subit la précarité – disparition des fermes au bénéfice des grandes structures agricoles et disparition des entreprises locales peu rentables.

Originaire d’un territoire rural de Lorraine, l’auteur s’attache aux luttes dans les milieux ruraux, allant jusqu’à poser la question de la transsubstantiation de la Commune parisienne dans une commune, quelle qu’elle soit et où qu’elle soit.
D’emblée, la «  commune » historique résonne dans l’imaginaire de signes politiques forts – une brassée de significations populaires à connotation révolutionnaire.

Dès 1155, la commune est une ville affranchie du joug féodal, administrée par les bourgeois eux-mêmes. En 1793, la commune est la plus petite subdivision administrative du territoire français, administrée par un maire, des adjoints et un conseil municipal. Aujourd’hui, on évoque aussi la communauté de communes.
Or, en 1790, est appelée commune la municipalité de Paris, qui devint gouvernement révolutionnaire. En 1871, la Commune ne désigne rien moins que le gouvernement révolutionnaire de Paris, soutenu par ses partisans, les communards.
Pour l’auteur, écrire une épopée ouvrière correspond à la réalité de sa Lorraine originelle, terres de la sidérurgie mais aussi du coton, dévastées et sinistrées.
L’enjeu dramaturgique consiste à la fois, à retraverser la Commune de Paris, riche d’une charge politique exemplaire, et à se réapproprier un territoire de luttes.
Dans un village du bassin minier lorrain, un industriel se voit contraint de fermer sa mine en 1990. Il a jeté l’éponge sur son usine sidérurgique : la main d’œuvre est moins chère ailleurs et les machines s’autonomisent, Les conséquences locales sont lourdes à travers la mise à pied de nombre de familles qui vivaient de la mine, cœur et poumon de la région. En 2016, il ne reste sur les lieux qu’une vingtaine de familles
La pièce débute par un conseil municipal ou l’on apprend le retour vingt ans plus tard du patron fuyard pour créer un nouveau forage, au gaz de schiste non conventionnel.
Les conséquences écologiques néfastes ne se font pas attendre, l’eau devient noire tandis que certains, cachés des concitoyens, s’appliquent pourtant à creuser la terre.
La pièce ouvre à la question de la transition entre l’écologie et ce qu’il est fait des territoires ruraux aujourd’hui délaissés : soit remettre de l’économique à outrance en essayant de développer du sur-productivisme ou au contraire trouver plus universellement de nouvelles manières de faire, d’habiter la terre et d’exister.
Sur le devant de la scène, un long couloir de houille dans lequel se vautre d’abord une gueule noire, Ernest, un ancien de la mine qui tousse, père d’un ado en déshérence et dont l’épouse – autrefois cantinière à la mine et préparatrice de pancakes – est devenue cuisinière malgré elle au château des patrons.
Les hommes et les femmes sont actifs et revendicatifs, pareillement.
Les anciens de la mine portent des bleus de travail et des charentaises, réclamant haut et fort leurs droits et leurs prétentions politiques et économiques.
Ils échangent dans la cuisine familiale, au café de la Poste ou au conseil municipal extraordinaire, sans oublier les abords de la forêt, le refuge des ados impliqués.
La mise en scène s’organise comme un puzzle, donnant à voir la vie des différents milieux successivement, mêlant humour et comique dans un regard vif et malicieux qui fait miroiter les positions décidées de chacun, un kaléidoscope en mouvement.
La transition économique est possible à travers une réappropriation des lieux- un retour à la terre selon une politique non réactionnaire mais concrète via les ZAD, les Zones à défendre dans des espaces à dimension environnementale ou agricole.
Le sauvetage est réfléchi grâce à l’apprentissage des villageois militants qui reconquièrent leurs terres exploitables, entraînant le public dans sa conviction.

Portfolio